Xavier, paysagiste: « Dès le premier jour, j’ai commencé à préparer le dernier jour. »

Activité : Jardinier/paysagiste
Votre plus grande peur : Ne pas avoir la reconnaissance de mon entourage
Votre besoin le plus urgent : M’associer avec quelqu’un pour mon nouveau projet
Votre botte secrète : Ma relation avec mes clients
Une idée pour aider les micro-entreprises et commerçants : Communiquer plus et pourquoi pas créer des « artisans anonymes » ?


Xavier a démarré son activité indépendante de jardinier/ paysagiste en 2000. Après 14 ans de métier, il a décidé d’arrêter, fatigué de lutter contre les mêmes obstacles personnels à répétition. Il explique comment le courage lui a permis de se lancer dans une aventure vertigineuse et comment la peur de l’échec et le manque de soutien de son entourage lui ont pesé. Un portrait dans lequel d’autres entrepreneurs pourront se reconnaître.

Comment vous êtes-vous lancé dans cette activité ? 

J’ai décidé de me jeter à l’eau en 2000, je ne pourrais pas expliquer pourquoi à ce moment-là précisément. J’ai commencé par de petits projets d’aménagement de jardin avec ma brouette et quelques outils.

Comment vous êtes-vous financé ?

Je ne voulais pas faire de prêt auprès de la banque au début, j’ai simplement emprunté 3.000 euros à mon père. Mon activité était rentable mais je n’avais pas assez de clients, je travaillais en moyenne 7 mois par an. C’est le métier de ma femme qui subvenait aux besoins de notre famille.

Quelles est votre satisfaction et votre regret aujourd’hui ? 

Ma plus grande satisfaction est à la fois mon regret : je suis fier d’avoir réussi à tenir 14 ans, et en même temps, je n’ai pas réussi à dépasser les difficultés que je rencontrais pour continuer.

Quelle a été votre principale difficulté ?

Mon plus grand obstacle est mon manque de régularité. J’avais beaucoup de mal à tenir des échéances et je finissais très souvent mes projets en retard par exemple. Parfois, je faisais inconsciemment exprès de ne pas respecter ce que je m’étais fixé, une sorte d’auto-sabotage. Après avoir passé des années à lutter contre cela, ça m’a fatigué.

Quelle était votre plus grande peur ?

Ma plus grande peur était de ne pas avoir la reconnaissance de mon entourage et cette peur a persisté. Même si ma famille a toujours agi avec bienveillance à mon encontre, je n’ai pas senti leur soutien. Dès le premier jour, j’ai commencé à préparer le dernier jour. Je pensais déjà que ça finirait par se casser la figure.

Qu’est-ce qu’on ressent quand on décide d’arrêter son activité ?

Il faut croire en soi pour se jeter dans le vide et créer son entreprise.  Mais quand on décide d’arrêter, même si cela se passe dans de bonnes conditions, une partie de nous le voit comme un échec et cela m’a révélé mon manque de confiance en moi.

Quel obstacle avez-vous su surmonter ?

Malgré le fait que je me mettais des bâtons dans les roues, je gagnais le respect de mes clients et j’ai toujours entretenu de bonnes relations avec eux. J’ai aussi acquis une bonne maîtrise professionnelle. Finalement, ces difficultés m’ont permis d’apprendre à me connaître et à m’écouter. Je pense même lancer une nouvelle activité, avec un associé cette fois-ci ! Je ne me verrais pas recommencer quelque chose seul.

Faisiez-vous parti d’un réseau ?

A l’origine, l’idée était de travailler en petit groupe de 6 entreprises, s’aider sur les chantiers et tourner rapidement pour ne pas avoir de période de flottement entre deux chantiers. Mais cela n’a pas fonctionné.

Quels étaient vos besoins les plus importants ?

Sur le moment, mon plus grand besoin était le besoin de reconnaissance.
J’avais aussi besoin de sortir du schéma préconçu selon lequel l’entreprise doit croitre et sans cesse augmenter son nombre de salariés. Nous ne sommes pas tous fait pour avoir 3 ou 4 salariés. Certains ont besoin de rester seul et cela ne devrait pas être vu comme le signe d’un problème.

Qu’est ce qui aurait pu vous aider avant de décider d’arrêter votre activité ?

J’aurais eu besoin de faire une pause et de sortir de mes obsessions. Cependant, dans le monde des autoentrepreneurs, faire une pause, c’est perdre son activité. C’est pour cela que mon projet aujourd’hui serait de permettre aux artisans d’avancer tout en conciliant leur rythme et leurs besoins immédiats. Je veux mettre à profit ce que j’ai appris pendant toutes ces années.

Quelles idées avez-vous pour tous les entrepreneurs ?

Je pense qu’il est très important que les artisans et les entrepreneurs en général puissent exprimer ce qu’ils vivent. Il faudrait créer une sorte d’« artisans anonymes » pour pouvoir librement verbaliser. Si nous n’avons pas tous les mêmes peurs, il est surtout important de ne pas s’enfermer dans l’isolement.

Il faut aussi comprendre qu’on ne crée pas une entreprise uniquement selon un concept. Pour se lancer et avancer dans son entreprise il est primordial de respecter la part instinctive, mais cela ne peut se faire sans tenir compte de la part aléatoire. Les personnes que l’on rencontre à un moment donné sont très importantes et nous mènent vers une certaine direction. Et ça n’est pas toujours facile à intégrer à son projet.

Qu’est-ce que vous retenez de ces 14 années ?

Une entreprise individuelle ça n’est pas une réalité. Une entreprise individuelle c’est un éternel projet que l’on doit arriver chaque jour à inscrire dans un minimum de réalisme. Le jour où j’ai décidé de cesser mon activité c’est sans doute parce que j’avais cessé de croire en mon projet.

Un avis sur « Xavier, paysagiste: « Dès le premier jour, j’ai commencé à préparer le dernier jour. » »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :